Analysis of the ICU: Goatley, ‘The ICU,’ from ‘The Socialist’

Lisa Goatley,1993, “The ICU,” The Socialist: Journal of the International Socialists of South Africa (ISSA), June/July, number 11, p. 15.

This short analysis was the first in a series on working class history in South Africa in the paper of the International Socialists of South Africa (ISSA, now the group Keep Left). The Industrial and Commercial Workers Union (ICU) was a mass general union formed in South Africa in 1919, which had some syndicalist influences.  ISSA / Keep Left was/ is a Trostkyist Marxist  group in the International Socialist Tradition, associated with Tony Cliffe and Alex Callinicos.

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Analysis (in French): Patrick Marcolini, “L’anarchisme en terre africaine:Les composantes africaines du mouvement libertaire”

L’anarchisme en terre africaine:Les composantes africaines du mouvement libertaire par Patrick Marcolini (OLS)

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L’absence en France d’histoires du mouvement libertaire qui englobent sa composante africaine pourrait laisser croire que l’anarchisme est un phénomène occidental.

Pourtant, des organisations ont tenté de faire vivre l’idéal anarchiste et syndicaliste révolutionnaire sur la terre africaine.

Les premières organisations anarchistes et syndicalistes révolutionnaires africaines apparaissent à la fin du XIXe siècle, d’une part en Afrique du Sud, d’autre part au Mozambique et en Angola.

Dans ces deux colonies portugaises, ce sont des ouvriers émigrés de la métropole ou des militants emprisonnés pour leurs activités politiques et déportés sur place qui, une fois libérés, forment les premiers groupes d’obédience anarchiste et anarcho-syndicaliste sous l’influence de la puissante CGT portugaise.

En Afrique du Sud, ce sont aussi des travailleurs venus d’Europe qui forment les premières cellules libertaires, notamment une virulente section sud-africaine de l’IWW qui anime entre 1910 et 1913 une série de grèves dures débouchant sur des combats de rue.

Très vite, ces militants diffusent leurs idées et aident à la formation de syndicats entièrement composés et animés par des travailleurs non européens : ce sera notamment l’IWA (Industrial Workers of Africa), premier syndicat de travailleurs africains dans l’histoire du continent, fondé en 1917 sur le modèle des IWW américains, et qui fusionne par la suite avec deux autres organisations pour créer l’ICU (Industrial and Commercial Workers Union).

Celle-ci restera le plus grand mouvement de masse du peuple noir en Afrique du Sud jusqu’aux mobilisations de l’ANC dans les années 1950 [1] .

Toutefois, les influences syndicalistes révolutionnaires finissent par se diluer au sein de l’ICU, qui périclite dans les années 1930 par manque de démocratie interne, et faute d’une stratégie clairement définie.

D’une façon générale, les années 1930 voient décliner l’anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire partout où leurs premières graines avaient éclos. Les différents mouvements subissent la répression de la part des États coloniaux et doivent aussi faire face à la fois à la concurrence des organisations parrainées par l’Union soviétique et au développement de partis nationalistes qui revendiquent l’indépendance.

Dans l’après-guerre, le « socialisme africain », majoritairement étatiste et autoritaire, viendra occuper la place laissée vacante par les mouvements anarchistes. Seules des minorités explorent les voies plus radicales d’un marxisme libertaire, à l’image de quelques partisans de Pierre Mulele dans le Congo des années 1960 [2].

Ceux-ci prennent contact avec l’Internationale situationniste (IS) avant de prendre part aux révoltes de l’université de Lovanium, à Kinshasa, en 1967 et 1969. Il en restera un texte étonnant et toujours d’actualité, Conditions du mouvement révolutionnaire congolais, destiné à être publié par l’IS sous forme de brochure pour sa propagande en Afrique noire, mais finalement resté inédit [3] . Les années 1980-1990 voient refleurir l’anarchisme un peu partout en Afrique noire.

Au Nigeria se forme notamment l’Awareness League (« ligue de l’éveil »), à l’origine un groupe d’étudiant-e-s, de journalistes et de profs de l’université de Nsukka. De formation marxiste pour la plupart, ils finissent par se rallier aux idéaux socialistes libertaires et anarcho-syndicalistes en 1990. Très active dans la lutte contre la dictature, l’organisation voit alors ses effectifs grandir, atteignant même un pic d’un millier de membres en 1997. Une radio anarchiste émettant depuis Enugu est fondée en 2001 [4] .

En Afrique du Sud, plusieurs organisations du même type existaient depuis les années 1980. Unifiées, elles forment en 2003 le Zabalaza Anarchist Communist Front (ZACF) [5] , qui est sans conteste l’organisation libertaire la plus vivante aujourd’hui sur le continent, réunissant des militant-e-s dans plusieurs villes, quelle que soit la couleur de leur peau, autour d’une action multiforme : luttes sociales, cours de formation théorique et pratique dans les syndicats et les associations, diffusion de livres (via Zabalaza Books), soutien aux prisonniers (via l’Anarchist Black Cross), création de potagers communautaires, de bibliothèques et de crèches populaires, etc.

Le ZACF est devenu aujourd’hui l’élément moteur de l’anarchisme africain : désormais présent au Swaziland, il entretient aussi des liens étroits avec le réseau libertaire Uhuru au Zimbabwe et le collectif Wiyathi (« liberté ») au Kenya, qui combine depuis plusieurs années activisme culturel et propagande anarchiste. Le ZACF fournit même informations et matériel politique aux individu-e-s et groupuscules anarchistes éparpillés dans tout le reste de l’Afrique (Soudan, Congo, Ouganda, etc.).

Dans les pays de l’ex-empire français, on note l’existence au Sénégal depuis les années 1980 d’un Parti anarchiste pour les libertés individuelles dans la République (PALIR), la présence en Guinée, au Burkina Faso, au Mali ou au Congo de mouvements syndicaux démocratiques et radicaux [6].

Il faut espérer que puissent émerger au sein de ces mouvements des tendances capables de défendre un projet libertaire sur la terre africaine, aussi soucieux de combattre le néocolonialisme françafricain que le capitalisme indigène qui pourrait un jour lui succéder.

Patrick Marcolini – Offensive Libertaire et Sociale (OLS)

Sources

• The IWW, Revolutionary Syndicalism and Working Class Struggle in South Africa, 1910-1921 , Lucien van der Walt.

• “Sifuna Zonke !” Revolutionary Syndicalism, the Industrial Workers of Africa, and the Fight Against Racial Capitalism in South Africa, 1915-1921 , Bikisha Media Collective (téléchargeables sur le site de Zabalaza Books)

• African Anarchism : The History of a Movement , Sam Mbah and I. E. Igariwey (militants de l’Awareness League), See Sharp Press, 1997.

Sites en anglais : http://flag.blackened.net/revolt/africa.html & http://zabalaza.net


Notes

[1] L’ICU comptera jusqu’à cent mille adhérent-e-s, avec des sections en Namibie, en Zambie et au Zimbabwe.

[2] Ancien ministre du leader indépendantiste Patrice Lumumba, Pierre Mulele menait à l’époque une guérilla insurrectionnelle contre Mobutu.

[3] Le texte a été repris dans les Œuvres de Guy Debord chez Gallimard (p. 692-698). On le trouve aussi en ligne sur http://juralibertaire.over-blog.com/article-conditions-du-mouvement-revolutionnaire-congolais-41881017.html

[4] Autre expérience importante en Afrique de l’Ouest : en 1997, en Sierra Leone, la fondation par les travailleurs des mines de diamant d’une section de l’IWW forte de trois mille membres. Malheureusement, la guerre civile balaiera cette organisation, contraignant nombre de ses militants à l’exil.

[5] Zabalaza signifie lutte en zoulou.

[6] Souvent en contact avec la CNT française. Cf. les revues Afrique XXI et Afrique sans chaînes, rédigées par des membres de la CNT en association avec des correspondant-e-s syndicaux et associatifs en Afrique.

Photo: ICU poem at Workers Museum (Newtown, Johannesburg, 2014)

After years of neglect, the Workers Museum at the old municipal workers compound in Johannesburg has been upgraded. The story of working class movements presented there is, SAASHA is reliably informed, is selective, with (for example) FOSATU completely absent.

Nonetheless, the Industrial and Commercial Workers’ Union (ICU) does get mentioned. The photo below, of an ICU poem in the display, was provided by Warren McGregor. Its gives some sense of the syndicalist influences on the ICU — a union marked by a melange of influences and ideas from 1919 to its decline years later. For some material on the Workers Museum (formerly part of the Workers Library and Museum), see here

Johannesburg-ICU at WLM

Kadalie and the ICU – graphic from South African radical journal “Africa Perspective” in 1981 (no. 19)

Kadalie and the ICU

Kadalie and the ICU – graphic from South African radical journal “Africa Perspective” in 1981 (no. 19)

The Industrial and Commercial Workers Union of Africa (the ICU) was the largest black union and protest movement in 1920s South Africa, also spreading into neighbouring Northern Rhodesia (now Zambia), Southern Rhodesia (now Zimbabwe) and South West Africa (now Namibia).  It was influenced by IWW syndicalism, even adopting a version of the IWW constitution in 1925, and pushed for a general strike the next year. However, syndicalism was not the only influence: ICU ideas were, as writers like Helen Bradford have shown, an unstable mix, drawing from currents as far apart as Garveyism and liberalism. It’s internal structures were also far from the participatory democratic ideal. However, if the ICU was not truly syndicalist, Lucien van der Walt argues, it cannot be understood unless the syndicalist influence is noted.