Analysis (in French): Patrick Marcolini, “L’anarchisme en terre africaine:Les composantes africaines du mouvement libertaire”

L’anarchisme en terre africaine:Les composantes africaines du mouvement libertaire par Patrick Marcolini (OLS)

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L’absence en France d’histoires du mouvement libertaire qui englobent sa composante africaine pourrait laisser croire que l’anarchisme est un phénomène occidental.

Pourtant, des organisations ont tenté de faire vivre l’idéal anarchiste et syndicaliste révolutionnaire sur la terre africaine.

Les premières organisations anarchistes et syndicalistes révolutionnaires africaines apparaissent à la fin du XIXe siècle, d’une part en Afrique du Sud, d’autre part au Mozambique et en Angola.

Dans ces deux colonies portugaises, ce sont des ouvriers émigrés de la métropole ou des militants emprisonnés pour leurs activités politiques et déportés sur place qui, une fois libérés, forment les premiers groupes d’obédience anarchiste et anarcho-syndicaliste sous l’influence de la puissante CGT portugaise.

En Afrique du Sud, ce sont aussi des travailleurs venus d’Europe qui forment les premières cellules libertaires, notamment une virulente section sud-africaine de l’IWW qui anime entre 1910 et 1913 une série de grèves dures débouchant sur des combats de rue.

Très vite, ces militants diffusent leurs idées et aident à la formation de syndicats entièrement composés et animés par des travailleurs non européens : ce sera notamment l’IWA (Industrial Workers of Africa), premier syndicat de travailleurs africains dans l’histoire du continent, fondé en 1917 sur le modèle des IWW américains, et qui fusionne par la suite avec deux autres organisations pour créer l’ICU (Industrial and Commercial Workers Union).

Celle-ci restera le plus grand mouvement de masse du peuple noir en Afrique du Sud jusqu’aux mobilisations de l’ANC dans les années 1950 [1] .

Toutefois, les influences syndicalistes révolutionnaires finissent par se diluer au sein de l’ICU, qui périclite dans les années 1930 par manque de démocratie interne, et faute d’une stratégie clairement définie.

D’une façon générale, les années 1930 voient décliner l’anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire partout où leurs premières graines avaient éclos. Les différents mouvements subissent la répression de la part des États coloniaux et doivent aussi faire face à la fois à la concurrence des organisations parrainées par l’Union soviétique et au développement de partis nationalistes qui revendiquent l’indépendance.

Dans l’après-guerre, le « socialisme africain », majoritairement étatiste et autoritaire, viendra occuper la place laissée vacante par les mouvements anarchistes. Seules des minorités explorent les voies plus radicales d’un marxisme libertaire, à l’image de quelques partisans de Pierre Mulele dans le Congo des années 1960 [2].

Ceux-ci prennent contact avec l’Internationale situationniste (IS) avant de prendre part aux révoltes de l’université de Lovanium, à Kinshasa, en 1967 et 1969. Il en restera un texte étonnant et toujours d’actualité, Conditions du mouvement révolutionnaire congolais, destiné à être publié par l’IS sous forme de brochure pour sa propagande en Afrique noire, mais finalement resté inédit [3] . Les années 1980-1990 voient refleurir l’anarchisme un peu partout en Afrique noire.

Au Nigeria se forme notamment l’Awareness League (« ligue de l’éveil »), à l’origine un groupe d’étudiant-e-s, de journalistes et de profs de l’université de Nsukka. De formation marxiste pour la plupart, ils finissent par se rallier aux idéaux socialistes libertaires et anarcho-syndicalistes en 1990. Très active dans la lutte contre la dictature, l’organisation voit alors ses effectifs grandir, atteignant même un pic d’un millier de membres en 1997. Une radio anarchiste émettant depuis Enugu est fondée en 2001 [4] .

En Afrique du Sud, plusieurs organisations du même type existaient depuis les années 1980. Unifiées, elles forment en 2003 le Zabalaza Anarchist Communist Front (ZACF) [5] , qui est sans conteste l’organisation libertaire la plus vivante aujourd’hui sur le continent, réunissant des militant-e-s dans plusieurs villes, quelle que soit la couleur de leur peau, autour d’une action multiforme : luttes sociales, cours de formation théorique et pratique dans les syndicats et les associations, diffusion de livres (via Zabalaza Books), soutien aux prisonniers (via l’Anarchist Black Cross), création de potagers communautaires, de bibliothèques et de crèches populaires, etc.

Le ZACF est devenu aujourd’hui l’élément moteur de l’anarchisme africain : désormais présent au Swaziland, il entretient aussi des liens étroits avec le réseau libertaire Uhuru au Zimbabwe et le collectif Wiyathi (« liberté ») au Kenya, qui combine depuis plusieurs années activisme culturel et propagande anarchiste. Le ZACF fournit même informations et matériel politique aux individu-e-s et groupuscules anarchistes éparpillés dans tout le reste de l’Afrique (Soudan, Congo, Ouganda, etc.).

Dans les pays de l’ex-empire français, on note l’existence au Sénégal depuis les années 1980 d’un Parti anarchiste pour les libertés individuelles dans la République (PALIR), la présence en Guinée, au Burkina Faso, au Mali ou au Congo de mouvements syndicaux démocratiques et radicaux [6].

Il faut espérer que puissent émerger au sein de ces mouvements des tendances capables de défendre un projet libertaire sur la terre africaine, aussi soucieux de combattre le néocolonialisme françafricain que le capitalisme indigène qui pourrait un jour lui succéder.

Patrick Marcolini – Offensive Libertaire et Sociale (OLS)

Sources

• The IWW, Revolutionary Syndicalism and Working Class Struggle in South Africa, 1910-1921 , Lucien van der Walt.

• “Sifuna Zonke !” Revolutionary Syndicalism, the Industrial Workers of Africa, and the Fight Against Racial Capitalism in South Africa, 1915-1921 , Bikisha Media Collective (téléchargeables sur le site de Zabalaza Books)

• African Anarchism : The History of a Movement , Sam Mbah and I. E. Igariwey (militants de l’Awareness League), See Sharp Press, 1997.

Sites en anglais : http://flag.blackened.net/revolt/africa.html & http://zabalaza.net


Notes

[1] L’ICU comptera jusqu’à cent mille adhérent-e-s, avec des sections en Namibie, en Zambie et au Zimbabwe.

[2] Ancien ministre du leader indépendantiste Patrice Lumumba, Pierre Mulele menait à l’époque une guérilla insurrectionnelle contre Mobutu.

[3] Le texte a été repris dans les Œuvres de Guy Debord chez Gallimard (p. 692-698). On le trouve aussi en ligne sur http://juralibertaire.over-blog.com/article-conditions-du-mouvement-revolutionnaire-congolais-41881017.html

[4] Autre expérience importante en Afrique de l’Ouest : en 1997, en Sierra Leone, la fondation par les travailleurs des mines de diamant d’une section de l’IWW forte de trois mille membres. Malheureusement, la guerre civile balaiera cette organisation, contraignant nombre de ses militants à l’exil.

[5] Zabalaza signifie lutte en zoulou.

[6] Souvent en contact avec la CNT française. Cf. les revues Afrique XXI et Afrique sans chaînes, rédigées par des membres de la CNT en association avec des correspondant-e-s syndicaux et associatifs en Afrique.

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Syndicalists in South Africa, 1908-17 – Baruch Hirson, November 1993

Syndicalists in South Africa, 1908-17 by Baruch Hirson

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The following 1993 text by the late Baruch Hirson, South African Trotskyist, provides some insight into the South African syndicalists of the early twentieth century. A reader can quibble over the focus on Archie  Crawford and Mary Fitzgerald (whose ideas were always rather mixed), as well as regret the closing in 1917 (many of the most important developments took place in the late 1910s). But credit must be given where credit is due: Hirson played an unmatched role, over many years, in recovering the history of South African left traditions ignored or caricatured in the South African Communist Party and academic accounts. Although his interest was in the Communist Party and the Trostkyists that emerged subsequently, his work also touched on the anarchist and syndicalist tradition, as this interesting paper shows. Continue reading

“Anarchism and Syndicalism in an African Port City: the revolutionary traditions of Cape Town’s multiracial working class, 1904–1931” – by Lucien van der Walt, 2011

The Cape Town docks in 1919, site of the joint strike between the syndicalist Industrial Workers of Africa (IWA) and the Industrial and Commercial Workers Union (ICU).

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This paper examines the development of anarchism and syndicalism in early twentieth century Cape Town, South Africa, drawing attention to a crucial but neglected chapter of labor and left history. Central to this story were the anarchists in the local Social Democratic Federation (SDF), and the revolutionary syndicalists of the Industrial Socialist League, the Industrial Workers of Africa (IWA), and the Sweets and Jam Workers’ Industrial Union. These revolutionary anti-authoritarians, Africans, Coloureds and whites, fostered a multiracial radical movement – considerably preceding similar achievements by the Communist Party of South Africa (CPSA) in this port city. They were also part of a larger anarchist and syndicalist movement across the southern African subcontinent.

Involved in activist centers, propaganda, public meetings, cooperatives, demonstrations, union organizing and strikes, and linked into international and national radical networks, Cape Town’s anarchists and syndicalists had an important impact on organizations like the African Political Organization (APO), the Cape Federation of Labour Unions, the Cape Native Congress, the CPSA, the General Workers Union, and the Industrial and Commercial Workers Union of Africa (ICU). This paper is therefore also a contribution to the recovery of the history of the first generation of African and Coloured anti-capitalist radicals, and part of a growing international interest in anarchist and syndicalist history.


Source: Lucien van der Walt, 2011, “van der walt – Anarchism and Syndicalism in an African port city – the revolutionary traditions of Cape Town’s multiracial working class, 1904-1931,” Labor History, Volume 52, Issue 2, 137, pp. 137-171

“‘Sifuna Zonke!’: Revolutionary Syndicalism, the IWA and the fight against racial capitalism, 1915-1921” – Lucien van der Walt / BMC, undated

“Sifuna Zonke!” by the Bikisha Media Collective

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Revolutionary syndicalism – the strategy of bringing about a stateless socialist society through a revolutionary general strike in which organised labour, through its trade unions, seizes and places under self-management the means of production – played a central, but today, largely forgotten, role in the early twentieth-century South African labour movement.

Before the 1920s, it was revolutionary syndicalism, which is rooted in the classical anarchism of Mikhail Bakunin, rather than the dry Marxism of the Second International, which dominated the thought and actions of the radical left in South Africa. And so it was, ultimately, classical anarchism that pioneered labour organising and anti-racist work amongst workers of colour in South Africa: the nationally oppressed Coloured, Indian and African proletariat. Continue reading